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Gérard Nissim AmzallagLa raison malmenéeDe lorigine des idées reçues en biologie moderne2002
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CNRS Éditions, Paris, 2002. 480 p., 14 x 21 cm, ISBN : n.c. Couverture du livre - Les dédicaces dauteurs de Radio France
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Quatrième de couvertureLa biologie envahit des domaines de la société chaque jour plus importants. En retour, les espoirs éveillés et les promesses dapplication impriment une direction très particulière au développement de notre connaissance du vivant. Cest cette étrange « symbiose » entre savoir et pouvoir qui est analysée dans le présent ouvrage. G. N. Amzallag montre en quoi les vérités les plus inébranlables de la biologie moderne doivent souvent leur autorité à des considérations fort peu scientifiques qui, elles-mêmes, se voient agrémentées du prestigieux label dobjectivité. Plus encore, cest la méthode même dinvestigation se trouve affectée par une telle confusion, engendrant une pathologie chronique : la fraude scientifique. Ce nest pas le simple méfait perpétré par un chercheur peu consciencieux qui est analysé ici, mais bien une infidélité générale à la réalité, ouvertement affichée et pleinement légitimée par la méthode même. Outre lesquisse dune approche expérimentale alternative, louvrage constitue une mise en garde contre les aberrations « scientifiques » et leurs conséquences pratiques générées par un arbre de la connaissance croissant sur un terreau idéologique. |
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Préface
Voilà un livre qui en agacera plus dun. Sans doute lui trouvera-t-on quelques défauts ; mais il nest pas sûr que ce soit ceux-ci qui irriteront ; car il a des qualités bien plus gênantes, dont la principale est dappeler un chat un chat et de dire que lempereur est nu, sans trop se soucier de létiquette et des usages qui prônent ladmiration là où non seulement il ny a rien à admirer, mais tout simplement rien à voir. Pour reprendre une des métaphores botaniques quaffectionne son auteur, peut-être le buisson des critiques quil assène aurait-il mérité dêtre un peu élagué et mis en forme. Certes. Mais, après tout, nul nest tenu daimer la topiaire et les jardins à la française ; et, tel quel, ce foisonnement a lavantage de présenter un large éventail de ce quon pourrait reprocher à la science actuelle, et plus spécialement à la biologie. A moins puisque lauteur appelle un chat un chat, et que la science ne se construit pas toute seule , quil ne faille le reprocher aux chercheurs et enseignants, particulièrement aux biologistes (à tout seigneur tout honneur, les généticiens sont les plus concernés). Peut-être trouvera-t-on aussi que, dans ce buisson de critiques, il aurait fallu séparer plus nettement celles qui sadressent à la méthode scientifique elle-même, et celles qui touchent à ce que les biologistes en ont fait (autrement dit : dénonçons les dérives pour sauver les principes). Certes. Mais, après tout, pour reprendre une formule de généticien, si cette méthode scientifique a tellement été dévoyée par les biologistes, cest quelle devait bien avoir quelque prédisposition à sortir du droit chemin. Tout cela est complexe, discutable à linfini, et il est souvent difficile de trancher. En tout cas, on saura gré à lauteur de mettre les choses à plat, et de rappeler crûment certaines vérités souvent oubliées. Par exemple, que le cadre positiviste ne doit son succès quà sa relation privilégiée avec la technique. Ou encore de répondre à Karl Popper selon qui il y aurait entre les théories une sorte de lutte darwinienne doù la plus apte sortirait gagnante , quen réalité le combat a lieu entre les partisans de ces théories : le vainqueur est celui qui laisse le plus de descendants (cest-à-dire le plus de disciples au sein de linstitution), les armes utilisées nont souvent rien de scientifique et, parfois, elles confinent même à la malhonnêteté, la fraude et la falsification. Non pas une fraude ou une falsification qui serait un simple arrangement de résultats expérimentaux car ce genre de choses (même sil est moins rare quon le croit) naurait guère dintérêt philosophique , mais plutôt une façon de dénaturer la méthode scientifique et dabuser de ses faiblesses (dans les deux sens du terme « faiblesses » : ses penchants autant que ses insuffisances). Cest là que M. Amzallag se montre le plus pertinent. Car il ne sagit pas seulement de revenir sur les relations de la science avec la technique, largent et le pouvoir, et sur les fruits quengendrent ces relations aussi vénales que contre-nature on a déjà beaucoup écrit sur tout cela , mais danalyser les mille et une manières de subvertir la raison au nom de la science, de justifier linjustifiable par les meilleures raisons du monde, ou bien par les sentiments les plus philanthropiques quand les raisons ne suffisent pas. Un domaine où les biologistes, et surtout les généticiens, sont passés maîtres. Les exemples abondent, louvrage en propose quelques-uns, et il ne serait pas très difficile den trouver dautres (en tant quhistorien des sciences, je peux en témoigner). M. Amzallag esquisse un panorama des raisons de cette déraison, que ce soit la confusion entre la science et la technologie, les conditions sociales et financières de la recherche, le terrain idéologique, etc., mais aussi et surtout le mode dapproche du réel propre à la science, et le sort particulier que la biologie lui a fait subir. Ce dernier point est sans doute le plus original et le plus intéressant. Et quon ne croit pas que M. Amzallag soit ici trop sévère. Les errements, pour ne pas dire les détournements, de la méthode scientifique sont quasiment une habitude chez les biologistes. Sans que quiconque sen inquiète vraiment. Il est vrai quils ne sont pas toujours facilement détectables, car la biologie, du fait de ses faiblesses théoriques et de la « mollesse » de ses concepts, sest toujours fort bien accommodée dune multitude dincohérences (à eux seuls, les recours abusifs à la notion de sélection pourraient remplir un ouvrage entier). Sagit-il là, pour reprendre une expression de lauteur, dune « maladie infantile » ou dune « malformation congénitale » de la science en général ? ou simplement de la biologie ? Pour ce qui concerne la science, le sujet est bien trop vaste pour en décider en quelques lignes ; mais pour ce qui concerne la biologie moderne, on peut sans doute parler de « malformation congénitale » plutôt que de « maladie infantile ». Le darwinisme ny est pas pour rien. On a maintes fois dénoncé les méfaits des usages sociaux de cette doctrine (dont Karl Popper, malgré toute la sympathie quil lui porte, sest résigné à dire quelle nétait quun « programme métaphysique »), mais on sest beaucoup moins préoccupé de ses conséquences sur les méthodes utilisées en biologie. Avec cet ouvrage, on commence à aborder la question de manière sérieuse. Il est certes possible de ne pas toujours suivre M. Amzallag sur chacun des points quil aborde (notamment en matière dépistémologie), mais il est certain que son travail marque une étape dans lanalyse de la biologie, dabord en brisant certains tabous, ensuite en remettant en cause maints schémas de pensée erronés mais profondément enracinés par lhabitude, et enfin en ouvrant de nouvelles voies. La dernière partie de son ouvrage dépasse en effet la pure négativité de la critique, pour proposer une approche qui a au moins deux mérites : lun est de revenir aux êtres vivants réels, lautre de se référer à une science plus actuelle que la physique du XIXe siècle qui, aujourdhui encore, sert bien souvent de modèle aux biologistes. Il ne faut pas confondre les concepts scientifiques et les stéréotypes positivistes du siècle dernier, ni la rigueur intellectuelle et létroitesse desprit. Cela méritait dêtre rappelé, et on saura gré à M. Amzallag de lavoir fait. André Pichot |
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Remerciements
Mes remerciements sadressent avant tout à mes collègues qui, consciemment ou non, ont illustré à mes yeux certains procédés couramment utilisés en Biologie. Lanonymat qui les protège est un témoignage de ma gratitude à leur égard. Certains exemples rapportés ici proviennent de discussions que jai eu sur le sujet avec Hervé Seligmann, Henri Lerner et Anthony Trewavas. Leur audace et leur témérité de pensée imprègne nombre de ces pages. Les réflexions sur la biologie en particulier, et sur la science en général sont devenues elles aussi une affaire de spécialistes. Cest probablement ce qui décourage nombre de mes collègues expérimentalistes à écrire un pareil type douvrage. Jai eu, pour ma part, la chance dêtre vivement stimulé à le faire par mes amis Philippe Grosos et Thomas Mourier, et ma femme Michal, eux qui ont suivi la lente gestation de ce livre et lont entourée de leurs précieux conseils. Quils soient ici vivement remerciés. |
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Introduction
« Nous sommes profondément conscients aujourdhui que lenthousiasme de nos prédécesseurs vis-à-vis des merveilleux acquis de la mécanique newtonienne les a conduit à des généralisations concernant la prédictibilité, que nous étions poussés à croire avant 1960, mais que nous reconnaissons aujourdhui comme erronées. Nous voudrions collectivement nous excuser pour avoir induit en erreur le public en diffusant des idées sur le déterminisme des systèmes satisfaisant les lois de Newton, et qui se sont avérées fausses. » Prononcée à loccasion dun congrès sur la physique des fluides en 1986 (1), cette déclaration de James Lighthill est des plus singulières. Il est clair que la connaissance scientifique se développe au travers dune perpétuelle remise en question, le long dun chemin le plus souvent sinueux. Le doute existentiel qui imprègne linvestigateur est même probablement le critère le plus fiable permettant de différencier la démarche scientifique de lapproche mythologique. La science est susceptible de subir des révolutions, des refontes du cadre de pensée et de lapproche du réel. James Lighthill na donc aucune raison de s excuser de la révolution dont il est un des acteurs. Il devrait au contraire annoncer avec fierté un tel événement. Après tout, une révolution dans la pensée témoigne plutôt de louverture desprit, non seulement de quelques pionniers, mais encore de la communauté scientifique tout entière. Le remplacement des théories représente même la garantie que le «jeu de la science » ne le cède en rien à la tentation dogmatique. Il serait surprenant que James Lighthill découvrît subitement, peu de temps avant le congrès, ce que chacun reconnaît comme inhérent à lactivité scientifique. Il semblerait plutôt que cette déclaration fasse acte de repentir collectif, au nom de générations de physiciens qui ont « induit en erreur » le grand public. Cependant, une telle interprétation nenlève rien à la singularité dun tel discours, parce quil nest nullement question de repentir dans le jeu de la science. En effet, ladhésion à une hypothèse est tout à fait légitime à partir du moment où celle-ci est sujette à vérification, et que ses partisans acceptent de se plier au « verdict de lexpérience ». Si Lighthill sexcuse collectivement, ce nest donc pas parce que ses prédécesseurs se sont trompés dhypothèse. Il sexcuse en leur nom davoir transgressé les règles du jeu de la science. Des générations de physiciens ont exploité le statut dobjectivité conféré à lactivité scientifique pour renforcer une idéologie. Or cet abus a été perpétré par « enthousiasme », cest-à-dire au nom dune foi. James Lighthill nest pas le seul physicien à tenir ce genre de discours. « La physique classique, affirment Prigogine et Stengers (2), était dominée par un idéal, celui dune connaissance maximale, complète, qui réduirait le devenir à une répétition tautologique du même. Cétait, nous lavons vu, le mythe fondateur de cette science. » Lighthill sexcuse donc, au nom de ses collègues, pour avoir exploité les succès de lapproche scientifique moderne de façon à légitimer le dogme déterministe, et ce indépendamment de tout critère de scientificité. Son discours est une des rares occasions où un scientifique se penche sur sa responsabilité dans lélaboration du cadre idéologique auquel adhère si fortement la société. Il révèle que lenthousiasme manifesté par les hommes et femmes de science dans la promotion de certaines idéologies plutôt que dautres ne prend pas sa source dans une catharsis de la découverte. Contrairement aux pythies de lAntiquité, les scientifiques ne sont pas des passifs intermédiaires, des simples porte-voix du réel. La révolution dont Lighthill se fait lécho nest donc pas limitée au simple remplacement dune théorie par une autre. Elle implique un changement complet de repères, la redécouverte dun réel réfractaire à toute représentation déterministe. Comme lexprime Edgar Morin (3), « la complexité nest pas à lécume phénoménale du réel. Elle est à son principe même ». Il est donc plutôt question, ici, dune métarévolution dans la pensée. Celle-ci naît du refus de considérer a priori tous les phénomènes dont on peut prédire le devenir comme les fruits dun déterminisme immuable, de lois dont lexpression serait reproductible à volonté. Au contraire, Prigogine et Stengers affirment (4) que : « arrivé à léquilibre, le système a oublié la manière dont il a été préparé. Seul compte le "bassin attracteur" : tous les systèmes dont un état appartient à ce bassin se dirigent vers le même étai final, caractérisé par le même comportement, le même ensemble de propriétés ». Labandon du déterminisme implique de repenser non seulement le rapport dune théorie face à lexpérience, mais encore remet en question les objectifs mêmes de lactivité scientifique. En refusant lidée quune série de lois se cache derrière tout phénomène, la démarche scientifique se doit avant tout de redécouvrir le réel, de le décrire aussi précisément quil est possible, en dehors de toute tentative dintervention. « Nous ne savons pas a priori de quoi une population chimique est capable et nous ne pouvons pas non plus a priori faire la différence entre ce que nous devons prendre en considération et ce que nous devons négliger », constatent Prigogine et Stengers (5). Dans cette perspective, chaque expérience devient un événement unique, dont lapproche exige de se débarrasser au maximum de tout prisme idéologique, quel quil soit. La révolution née de la résurgence de la complexité représente donc une émancipation vis-à-vis du dogme déterministe, dans sa prétention à embrasser lUnivers tout entier dans une immense équation. Dans ce sens, elle est lhomologue de la révolution scientifique du XVIIe siècle, celle qui permit à lhomme de dépasser la problématique imposée par la scolastique médiévale. En tant que tel, ce bouleversement aurait dû se répercuter dans tous les domaines du monde scientifique (et même de la société), là où le déterminisme fait encore pleinement autorité. Or, il nen fut rien. Les lois de la physique sont encore enseignées telles quelles dans les lycées et les universités. Comme il sera illustré tout au long de cet ouvrage, la recherche de lois, témoignage dune foi en un ordre du monde, reste encore la motivation profonde de linvestigation scientifique. Paradoxalement, nulle véritable retombée du séisme qui a secoué la physique ne se fait encore véritablement sentir. Nous verrons même que certains domaines, en particulier la biologie moderne, se montrent particulièrement indifférents à une si profonde révolution.
Certes, la métamorphose opérée au XVIIe siècle ne sest pas produite en un jour. Il est même probable que la transformation des mentalités ne sacheva jamais complètement. Mais la situation est toute différente aujourdhui, parce que, contrairement à la scolastique médiévale, le « jeu de la science » interdit de négliger de telles évidences. Or cette révolution est magnifiquement ignorée, non seulement dans ses fondements, mais encore dans ses conséquences. Il existe bien des physiciens se consacrant à létude des processus non déterministes, mais ils se retrouvent confinés dans un nouveau domaine : la dynamique des systèmes non réversibles. Dune métarévolution, cette approche est devenue une nouvelle discipline, une branche de larbre de la science. Elle sest trouvée domestiquée, voire phagocytée par lancien monde quelle se proposait de transformer. En fin de compte, le cadre positiviste ne doit sa survie à aucune bataille idéologique. Il tire sa si grande immunité de la relation privilégiée quil entretient avec la technique. Cette intrication entre savoir et pouvoir est formulée par Descartes dans les termes suivants (6) : « Ainsi, toute la philosophie est comme un arbre dont les racines sont la Métaphysique, le tronc est la Physique, et les branches qui sortent de ce tronc sont toutes les autres sciences, qui se réduisent à trois principales, à savoir la Médecine, la Mécanique et la Morale [ ]. » Descartes postule donc lexistence dune continuité entre linvestigation du réel (la Physique) et son exploitation (la Mécanique). Plus encore, il prétend même que lapplication pratique représente la finalité de linvestigation (7) : « Or comme ce nest pas des racines ni du tronc des arbres quon cueille les fruits, mais seulement des extrémités de leurs branches, ainsi, la principale utilité de la philosophie dépend de celles de ses parties quon ne peut apprendre que les dernières. » Avec Descartes, la technique prit donc une nouvelle signification, beaucoup plus profonde et exégétique du réel. Elle devint non seulement lextension des sens et des gestes de lhomme, mais encore lexpression du champ des possibilités dexploitation ouvert par linvestigation scientifique (8). En contrepartie, cest sur le terrain des applications, et non plus de linvestigation scientifique, que se détermina désormais la valeur (et donc la validité) dune théorie. Une telle situation tendit à stabiliser une théorie en vertu de ses applications, et ce bien au-delà de tout critère scientifique. Plus encore, elle ne put que privilégier les théories à partir desquelles il est possible de dégager des lois, cest-à-dire des règles universelles de prédictibilité, les seules utilisables dans la conception de nouvelles machines. Dans un tel état desprit, il nest donc pas étonnant que la science classique nait nullement senti le besoin de se défendre face à la menace dun changement de cadre conceptuel : elle se trouve demblée protégée par la définition même de la science en tant quactivité intimement associée à la technique. Par ailleurs, elle peut se glorifier dêtre la source dune immense ouverture du champ dexploitation du réel. Il découle de cette perspective une symbiose très particulière : la science ouvre le champ des potentialités de maîtrise du réel. En retour, lémergence de nouvelles machines améliore les possibilités dinvestigation du réel (aussi bien à travers le contrôle des conditions initiales que des moyens de mesure de phénomènes de plus en plus discrets). Les nouvelles découvertes mènent à des applications qui, en retour, conduisent à de nouvelles découvertes. Lidée quun tel processus puisse se poursuivre à linfini est à lorigine de lidéologie positiviste. Face à cette attitude, il est nécessaire de rappeler que prédictibilité nimplique pas nécessairement intelligibilité. Par exemple, les astrologues babyloniens justifiaient une cosmologie qui sest ultérieurement avérée complètement erronée, et ce en vertu de leur capacité à prédire le mouvement des astres avec une étonnante précision. Larbre de la science de Descartes renferme un élément encore plus révolutionnaire que lintime association entre science et technique. Une de ses trois branches est la « Médecine ». Cette insertion est éminemment osée, parce quelle implique un certain degré dhomologie conceptuelle entre les machines et le vivant. Contrairement à certains de ses disciples, Descartes naffirmait pas que létude des uns éclairait complètement la compréhension et lexploitation des autres. Mais lincorporation de la « Médecine » à côté de la « Mécanique » suggère que ces deux branches de la connaissance puisent leur sève dun même tronc, celui de la science physique et du déterminisme qui lui est inhérent. Le vivant est infiniment plus réfractaire à lapproche déterministe que le monde de la mécanique, si bien que lapproche mécaniciste du vivant se développa beaucoup plus lentement que lidée dun lien entre physique et mécanique. Cependant, cette thèse fit progressivement des émules non seulement en biologie, mais encore dans tous les autres domaines dinvestigation. En tant quaînée des sciences, la physique devint alors létalon de scientificité de toute la connaissance. Les méthodes de la physique classique devinrent le critère universel dobjectivité de la connaissance. « Depuis lépoque des Lumières, constatent Prigogine et Stengers (9), la recherche des "lois naturelles" qui gouvernent le comportement des hommes et leur société a mené ceux qui devinrent les fondateurs des sciences économiques et sociales à tenter de calquer leurs méthodes sur celles de la physique classique. Cétait, semblait-il, le seul moyen de mener une analyse "scientifique" supposée libre de toute valeur. Ces "méthodes objectives" devaient conduire à des résultats auréolés de toute lautorité de la science. » En corollaire, cette attitude impliqua lexclusion de toute réalité réfractaire au mode dinvestigation déterministe. Elle suscita également, au-delà des idées, létalon par lequel fut reconnue la valeur scientifique dun travail et surtout celle de son auteur. Or il sera illustré dans cet ouvrage en quoi ce simple critère de « scientificité » se révéla être un argument souvent bien plus convaincant que la réalité expérimentale. Paradoxalement, dans cette science par imitation, cest lobjet détude qui fut défini en fonction des critères de scientificité, et non linverse. Par exemple, la scientificité de la linguistique émergea du postulat darbitraire du signe, cest-à-dire de lidée déquivalence entre les mots de toutes les langues dans la description dun même signifiant. à la manière des lois de la physique, ce postulat disotropie universelle effaçait dun seul coup toute composante historique. Certes, une telle approche facilita grandement lanalyse comparative en linguistique. En contrepartie, la question de lorigine et de lévolution des langues dans leur rapport avec le psychisme humain (ce qui peut être considéré comme la plus cruciale des questions de la linguistique) se vit expulsée hors du domaine de linvestigation : « La question de lorigine du langage, affirme Saussure (10), na pas limportance quon lui attribue généralement. Ce nest même pas une question à poser. Le seul objet réel de la linguistique, cest la vie normale et régulière dun idiome déjà constitué. » La biologie se trouve dans une position pratiquement similaire à celle de la linguistique. Tout dabord, la science du vivant a exclu du domaine de scientificité non seulement lorigine de la vie, cest-à-dire le passage de linanimé au vivant, mais également son évolution. En effet, ladhésion inconditionnelle à la théorie darwinienne fit de toute innovation un accident dû au hasard, ultérieurement sélectionné par le milieu. En tant quévénement exceptionnel, linnovation devint un accident de parcours, réfractaire dans son essence même à toute tentative de formalisation. La dynamique de complexification, phénomène on ne peut plus fondamental dans lévolution du vivant, fut donc complètement exclue du champ dinvestigation. La vie, dans ses manifestations les plus spécifiques, seraitelle exclue du champ de scientificité ? On est en droit de le penser du fait quil nexiste jusquaujourdhui aucune définition scientifique de la vie, comme en témoigne la sempiternelle controverse quant à la classification des virus parmi les êtres vivants ou linanimé. Il sagit là dune situation plutôt étonnante. En effet, la biologie peut difficilement prétendre à une scientificité calquée sur le modèle de la physique classique avant même davoir défini lobjet de son investigation. Or ce problème est beaucoup plus profond quune simple imprécision dordre sémantique. Sil nexiste pas encore de définition scientifique de la vie, cest entre autres parce que les êtres vivants se montrent réfractaires aux principes déterministes inspirés de la physique classique. Par exemple, pour décrire lautonomie du développement, les embryologistes de la première moitié du XXe siècle exprimèrent le besoin dutiliser des termes tels que « canalisation » (cest-à-dire la capacité du développement à poursuivre son déroulement normal en dépit de perturbations rencontrées en chemin) (11), « équifinalité » (notion exprimant lindépendance de létat final du développement vis-à-vis des variations de létat initial) (12), ou même « plasticité adaptative » (notion exprimant la capacité de lorganisme à modifier de façon adaptative son développement en fonction de perturbations rencontrées en chemin) (13). Or ces notions se prêtent fort peu à une quelconque formalisation selon le mode déterministe classique. Cette situation se modifia radicalement durant la seconde moitié du XXe siècle, et ce en vertu des premières découvertes relatives aux mécanismes physico-chimiques sous-jacents au fonctionnement des cellules vivantes. Ces découvertes furent lamorce dune révolution en biologie. Tout comme dans la physique classique, elles ouvraient désormais la voie à létude de lobjet vivant sur la base de ses constituants. « Du coup, constate Edgar Morin (14), la biologie moléculaire, expliquant les machineries chimiques de la vie, mais non la vie elle-même, a cru que la vie était une notion mythologique, de toute façon indigne de science, et a expulsé la vie hors de la biologie. » Certes, les êtres vivants sont bien le siège de réactions chimiques, de processus fondés sur des principes physiques. Cependant, la transposition en biologie de la démarche propre à la physique classique implique un postulat de réversibilité. Or cet indispensable présupposé confère à lapproche déterministe une dimension foncièrement irréaliste, tout simplement parce quil est impossible de créer ou de ressusciter un être vivant à partir de ses constituants. La mort est un phénomène irréversible, surgissant alors même que la composition chimique de lindividu ne change pas de façon significative. Par conséquent, il reste illusoire dessayer de comprendre le vivant dans son intégralité à partir de létude de ses constituants isolés. « En fait, constate André Pichot (15), cette négation de la spécificité du vivant, qui se veut matérialiste, confond simplement le matérialisme épistémologique et les sciences de la matière [ ] Si bien quaujourdhui on a limpression que ce que vise la biologie nest pas tant létude de la vie que sa pure et simple négation, le nivellement et lunification de lunivers par la physico-chimie. » Les physiciens du XIXe siècle concentrèrent leurs efforts sur la prédiction du devenir de systèmes soigneusement isolés des aléas du monde réel. Par le succès de leur investigation et des applications qui en découlèrent, ils finirent par faire accepter lidée dune identité entre prédictibilité et intelligibilité. Or le réel « découvert parce que potentiellement maîtrisable » nest quun réel bien particulier, acceptant de se plier aux exigences de la prédictibilité. Certes, en physique, nombreux sont les aspects du réel se laissant modeler (du moins de façon grossière) par lexpérimentateur. Cependant, la situation est tout autre en ce qui concerne le vivant. En effet, si les biologistes éprouvent encore le besoin dutiliser une terminologie complètement étrangère à lapproche déterministe, ce nest pas forcément le signe dun « laxisme épistémologique ». Limpalpable réalité propre au vivant est difficilement communicable par le vocabulaire forgé dans un contexte déterministe. Henri Atlan (16) en témoigne quand il affirme que « toute organisation cellulaire est ainsi faite de structures fluides et dynamiques. Le tourbillon liquide détrônant lordonnancement du cristal en est devenu, ou redevenu, le modèle, ainsi que la flamme de bougie, quelque part entre la rigidité du minéral et la décomposition de la fumée ». Au vu de ces considérations, il devient aisé de comprendre labsence dune définition « scientifique » de la vie. Cependant, il existe bien une science du vivant construite sur le mode déterministe. Cela signifierait-il que lapproche réductionniste permet daboutir à une approximation satisfaisante de la réalité vivante ? On a peine à le croire. En effet, avancer une réponse affirmative à cette interrogation reviendrait à faire de la spécificité du vivant un problème mineur, dessence « philosophique ». Il existe donc un paradoxe au coeur de la biologie qui nest dailleurs pas le privilège de ce domaine. Il affecte de près ou de loin tous les champs dinvestigation scientifiques, comme en témoigne Paul Feyerabend : « La science moderne a développé des structures mathématiques dont la cohérence et la généralité excèdent tout ce qui a existé jusquà présent. Mais pour accomplir ce miracle, il a fallu que toutes les difficultés existantes soient confinées dans le rapport entre la théorie et les faits, et soient dissimulées par des approximations ad hoc ou dautres procédés (17). » Ainsi, la réitération à outrance dune approche déterministe du réel génère un univers de la connaissance très luxuriant, certes, mais ne cessant toutefois de séloigner de son objet détude. Cette dynamique mène à un épuisement par labsurde de linvestigation. Ainsi que le dénoncent Prigogine et Stengers (18), « ce que la science classique touche se dessèche et meurt, meurt à la diversité qualitative, à la singularité, pour devenir la simple conséquence dune loi générale ». Pour en venir à se « dessécher », le vivant doit être débarrassé de lautonomie qui lui est inhérente. Or cette situation, pour autant quelle puisse être maîtrisée, vide lobjet détude dune de ses propriétés les plus fondamentales, celle qui fait de chaque cellule une entité vivante et non pas un simple sac denzymes. Il est donc impossible de plier lobjet vivant à cette exigence sans le voir se dissoudre instantanément, sous les yeux même de linvestigateur. Cette résistance passive, mais bien réelle, provoque une situation éminemment singulière : linadéquation chronique de lêtre vivant à son cadre dinvestigation. Il nest pas seulement question dun malaise épistémologique. Comme il sera longuement détaillé dans cet ouvrage, linadéquation fondamentale du vivant au cadre dinvestigation emprunté à la physique classique engendre une pathologie chronique en biologie : la fraude, sous tous ses aspects, mais également lintroduction systématique de critères idéologiques, extrascientifiques, dans ladhésion, la vérification et la diffusion dune théorie plutôt quune autre, ces deux aspects de la pathologie en question étant, bien entendu, intimement liés. Et pourtant, par imitation de la physique classique, la biologie moderne accumule une immense quantité de données et dinterprétations. Il sy développe un savoir relativement cohérent, fondé en grande partie sur le postulat mécaniciste du « pouvoir des gènes ». Présents dans toute cellule vivante, les gènes sont considérés comme les détenteurs exclusifs de linformation gouvernant toutes les réponses des êtres vivants, depuis leur développement jusquà leur comportement. Ces propriétés transforment lorganisme en une machine (fort complexe, certes) dont les rouages sont à la fois actionnés et produits par lexpression coordonnée des gènes. Dans la plus pure tradition positiviste, linterprétation mécaniciste du vivant est en passe de faire de la biologie une puissante arme de contrôle et de façonnage de la société. Plus encore, il sélabore à partir de ce savoir une nouvelle éthique selon le mode classique de coalescence entre science et technologie. Cette métamorphose affecte non seulement notre regard sur le monde vivant mais encore sur lhomme, devenu lui aussi une « machine vivante » non moins sujette que les autres aux critères technologiques doptimisation. Il est donc nécessaire de sinterroger sur le rapport entre larbre de la science du vivant et son « objet détude », non seulement au nom dune curiosité intellectuelle, mais également parce que le savoir développé est en passe de transformer la société jusque dans ses fondements. En fait, plutôt quun véritable dialogue, ce débat prend lallure dune lutte entre les défenseurs de valeurs traditionnellement considérées comme « humanistes » et les partisans du « progrès ». Cette controverse peut bien mener à une charte limitant lexploitation de l « objet vivant ». Elle nimplique cependant aucune reconsidération de la notion de progrès, lélément vital de lactivité scientifique moderne. Elle mène, dans le meilleur des cas, à un contrôle de la vitesse de transformation de la société par les biotechnologies. En fin de compte, le débat sur ce qui est maintenant défini comme la bioéthique semble davance vidé de son contenu, et ce pour deux raisons. La première est que toute controverse reste impossible tant que la biologie demeure indifférente à la particularité de son objet dinvestigation, ou du moins à ce qui reste réfractaire à toute tentative de formalisation dans un cadre réductionniste. Les défenseurs des valeurs humanistes traditionnelles et les partisans des biotechnologies brandissent des arguments issus de registres foncièrement différents. La seconde est que les biotechnologies sont une source de puissance. Or dans une société aussi mercantile que la nôtre, ce pouvoir est susceptible de contrecarrer la plupart des considérations dordre éthique. Lobjectif du présent ouvrage nest nullement de prendre position dans une telle controverse. Son ambition est tout autre. En parallèle à ce que dénonce Lighthill en physique, il est tout à fait envisageable que la société soit également abusée par l« enthousiasme » que manifestent les biologistes modernes vis-à-vis de lapproche réductionniste. Cette idée est dautant plus plausible que le vivant se montre particulièrement réfractaire au cadre réductionniste. La conscience dune telle inadéquation est susceptible de transformer radicalement le débat sur la bioéthique. Elle soulève même de multiples questions quant à la nature du progrès inhérent à lactivité scientifique. En effet, comment procède linvestigation dans le cas dune inadéquation chronique avec lobjet détude ? Dans quelle mesure les infractions au « jeu de la science » (cest-à-dire la fraude scientifique dans ses manifestations les plus diverses) sont-elles impliquées dans la dissipation de tels écarts avec le réel ? Par ailleurs, comment, sous un tel climat, peuvent croître les branches biologiques de larbre de la science ? Comment est-il possible, dans un tel contexte, denvisager une extension des applications biotechnologiques ? En réalité, cette dernière question est dautant plus pertinente que, comme nous le verrons, elle joue généralement un rôle de réponse face aux précédentes. Les succès biotechnologiques, par leur existence même, garantissent le bien-fondé de la méthode dinvestigation. Mais une telle réponse ne peut être acceptée demblée, parce que le lien entre les théories et leurs applications nest pas toujours aussi direct quon se le représente. Lidée dune inadéquation profonde des fondements de la biologie face au vivant a également préoccupé les philosophes. Heidegger voit même dans cette impossibilité dembrasser lobjet détude une caractéristique fondamentale de cette activité : « Ainsi apparaît quelque chose dirritant. Ce que les sciences ne peuvent contourner : la nature, lhomme, lhistoire, le langage, est, en tant que cet Incontournable, inaccessible aux sciences et par elles (19). » Alors, faut-il abandonner lidée dune appréhension scientifique du vivant ? Faut-il se résigner à voir croître à linfini les branches dun arbre de la science fondamentalement étranger au réel, et conclure, avec Heidegger, que « la spécialisation nest aucunement le symptôme dune dégénérescence due à quelque aveuglement, encore moins un signe de décadence marquant la science moderne. La spécialisation nest pas un mal qui serait simplement inévitable. Elle est une conséquence nécessaire et la conséquence positive de lêtre de la science moderne (20) » ? En dépit dune telle affirmation, nous sommes profondément convaincu que la science nest pas condamnée à un éclatement progressif en domaines de plus en plus spécialisés et dépourvus de sens, philosophiquement parlant. Le divorce progressif par rapport au réel nest pas une irrémédiable malédiction propre à « lêtre de la science ». Les scientifiques modernes ne sont pas des nains spirituels hissés sur les épaules de géants dun passé héroïque, jouissant, de par leur position épigée, du pouvoir de résoudre des problèmes de plus en plus complexes. Comme en physique, il est possible de concevoir un mode dinvestigation biologique renouant lalliance avec le vivant, cest-à-dire foncièrement fidèle à la spécificité de son objet détude. Dans la dernière partie de cet ouvrage, il sera présenté lesquisse dune nouvelle approche fondée sur une reconsidération de la variabilité expérimentalement observée en biologie. Cette variabilité sera regardé non plus uniquement comme un simple bruit parasite dans lexpression dune information préexistante, mais également comme un processus dindividuation, cest-à-dire la manifestation essentielle des processus auto-organisateurs conduisant à lémergence des métastructures harmonieuses, et ce à toutes les échelles dorganisation du vivant. Lidée dune épistémologie du vivant découlant de cette nouvelle approche remet en cause lidée dun déploiement de la connaissance à partir dun tronc commun de lois physiques érigé sur ses « racines métaphysiques », cest-à-dire sur le postulat dintelligibilité dun Univers animé par des lois immuables. Elle invite tout dabord à repenser ce qui aujourdhui apparaît comme une évidence : le lien entre science et technique, imprimant depuis le XVIIe siècle un caractère déterministe et pragmatique à linvestigation scientifique. Cest seulement une fois libérés de cette emprise quil peut émerger de nouveaux rejets de la souche de larbre de la science. Il devient alors possible détablir une nouvelle approche expérimentale plus fidèle à lindividualité de chaque être vivant, et de reconnaître un réel redevenu infini, auquel lhomme doit désormais sinitier, dans la féconde incertitude accompagnant chaque rencontre. |
Notes de lintroduction :1. J. LIGHTHILL, Proc. Roy Soc Lond. Ser A, 1986, 407, 35-50. 2. Ilya PRIGOGINE et Isabelle STENGERS, La Nouvelle Alliance, métamorphose de la science, Gallimard, nouv. éd., 1986, p. 351. 3. Edgar MORIN, Science avec conscience, Seuil, 1990, p. 25. 4. PRIGOGINE et STENGERS, op. cit., p. 192. 5. Ibid., p. 430. 6. R. DESCARTES, Lettre-préface des Principes de la philosophie, Flammarion, 1996, p. 74. 7. Ibid., p. 75. 8. PRIGOGINE et STENGERS, op. cit., p. 63, notent, à ce sujet : « Si la science conçoit le monde comme soumis à un schéma théorique universel qui réduit ses richesses diverses aux mornes applications de lois générales, elle se donne par là même comme instrument de contrôle et de domination. 9. Ibid., p. 421. 10. Louis Ferdinand DE SAUSSURE, Cours de linguistique générale, Payot, 1972, p. 105. 11. Voir à ce sujet P. WEISS, The science of life : The living system a system for living. 1973, Futura Publishing, New York. La notion de canalisation fut également lon-guement développée par C.H. WADDINGTON, entre autres dans son ouvrage The Strategy of genes, 1957, Allen and Unwin, Londres. 12. Voir L. VON BERTALANFFY, «The theory of open systems in physics and biology », Science, 1950, 112, 21-29. Cette idée est amplement reprise par nombre dévolutionnistes modernes. Voir par exemple J.T. BONNER éd., Evolution and development, 1982, Springer-Verlag, Berlin, et plus particulièrement P. ALBERCH, « Developmental constraints in evolutionary processes », p. 313-332. 13. Voir F.E. WARBURTON, « Feedback in development and its evolutionary significance », American Naturalist, 1955, 89, 129-140. Pour les végétaux, chez qui cette propriété est remarquablement exprimée, voir A.D. BRADSHAW, « Evolutionary significance of phenotypic plasticity in plants », Advances in Genetics, 1965, ou, plus récemment, S.E. SULTAN, « Phenotypic plasticity and the neo-darwinian legacy », Evolutionary Trends in Plants, 1992, 6, p. 61-71. 14. E. MORIN, op. cit., p. 251. 15. André PICHOT, « Explication biochimique et explication biologique », in LExplication dans les sciences de la vie, CNRS éditions, 1983, p. 74. 16. Henri ATLAN, Entre le cristal et la fumée, essai sur lorganisation du vivant, Seuil, 1979, p. 5. 17. Paul FEYERABEND, Contre la méthode, esquisse dune théorie anarchiste de la connaissance, trad . fr., Seuil, 1979, p. 65. 18. Op. cit., p. 94. 19. Martin HEIDEGGER, « Science et méditation », in Essais et conférences, trad. fr., Gallimard, p. 74. 20. Ibid., p. 65-66. |
Les dédicaces dauteurs de Radio France :En commençant ce livre, javais lintention de montrer en quoi les biologistes modernes, dans leur grande majorité, sont devenus des hommes daffaires pour lesquels la fin (cest-à-dire une réussite professionnelle) dépasse, et de loin, la simple et naïve curiosité scientifique. En me limitant à cette question, jaurais produit une critique sociologique du milieu, plus ou moins agrémentée dexemples croustillants (et ils ne manquent pas, croyez-moi). Mais, au fil de lécriture, jai compris que le problème était bien plus profond quun simple phénomène de mode dans lequel létat desprit de la société moderne déteint sur les chercheurs. Cest la science elle-même qui, depuis son origine, entretient un rapport très ambigu avec le problème de la fraude, au point où celle-ci se trouve souvent pleinement justifiée, et même de façon officielle ! Comment cela est-il possible ? Tout simplement parce que, dun côté, la science fait prévaloir la théorie sur lobservation, et de lautre, la promesse dapplication pèse très lourd dans lappréciation dune théorie, même si les faits ne lui correspondent pas vraiment. Je décris ainsi les mille et une façons légitimes et rigoureuses de détourner les faits au profit dune théorie. Laissé pudiquement de côté, cet aspect de la science (qui colle à la peau dun très grand nombre de découvertes prestigieuses) mène à une impasse, surtout en ce qui concerne la biologie. Cest ce que je tente de montrer ici, tout en proposant une approche alternative. Je nai pas écrit ce livre pour édifier de nouveaux dogmes qui remplaceraient les anciens, mais comme une mise en garde contre lacceptation aveugle de certaines idées au nom dune soi-disant objectivité scientifique. Au vu des fondements de cette objectivité, le bon sens commun garde encore toute sa pertinence. Je dirais même quil reste un garde-fou contre certaines applications biotechnologiques et eugéniques qui menacent de ternir notre avenir. |